Dispositions et aspirations des étudiants et apprentis suivant une formation transfrontalière en Alsace

De nombreuses entreprises suisses et allemandes du Rhin supérieur déclarent faire face à une pénurie de main d’oeuvre, tandis que le taux de chômage des jeunes Alsaciens reste élevé. La généralisation des formations transfrontalières et interculturelles peut-elle favoriser le développement d’un marché de l’emploi rhénan plus équilibré ?

Ci-dessous et ici en pdf, le résumé du rapport remis en décembre 2015 au Centre de Compétences Transfrontalières NovaTris de l’Université de Haute Alsace.

Les résultats complets de l’étude sont disponibles auprès de l’auteur : vgoulet@unistra.fr.

En Alsace, le nombre de travailleurs frontaliers diminue depuis 2000, en particulier vers l’Allemagne. La population des « navetteurs » vieillit et les jeunes générations manifestent une faible propension à se projeter de l’autre côté des frontières, alors que de nombreuses entreprises badoises ou suisses déclarent devoir faire face à une pénurie de main d’œuvre.

Forme particulière de migration, le travail frontalier reste une épreuve dans les trajectoires personnelles, une situation de confrontation avec l’altérité où l’individu se sent fragilisé par la faible maitrise des codes linguistiques, sociaux et culturels. Parmi les efforts des pouvoirs publics pour encourager le travail transfrontalier des Alsaciens, la formation initiale occupe une place toute particulière, avec la mise en place de cursus bi- ou trinationaux où les apprenants se déplacent en Allemagne et/ou en Suisse pour y suivre une part significative de leur formation.

Ces cursus prennent la forme de formations universitaires, qui se déroulent dans deux ou trois établissements supérieurs du Rhin supérieur et sont sanctionnées par autant de diplômes nationaux, ou celle d’un apprentissage transfrontalier (infra-bac ou post-bac), qui permet aux jeunes de suivre la formation « théorique » dans un pays et de conclure un contrat d’apprentissage en entreprise de « l’autre côté de la frontière ».

Nb Apprentis transfront oref p6

Source : Oref-Alsace, nov. 2015

 

Le nombre d’apprenants concernés par ces formations est encore limité (en 2014, une centaine d’individus sont entrés ou sortis de chacun de ces dispositifs). L’un des enjeux des années à venir est d’étendre ces formations à un plus grand nombre pour espérer obtenir un effet d’entrainement au niveau du marché de l’emploi rhénan.

 

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Vies quotidiennes et constructions politiques dans les régions frontalières

Comment se constituent les régions transfrontalières et comment se caractérisent-elles ? C’est l’objet de ce livre collectif qui prend pour exemple la Grande Région SaarLorLux.

Dirigé par Christian Wille, chercheur à l’université du Luxembourg, cet ouvrage aborde toute une série de domaines : les questions économiques (dont celle du marché de l’emploi), la construction politique et institutionnelle, la façon dont les pratiques quotidiennes mais aussi les médias et la culture créent des espaces et des identités.

 buchpraesentation_lebenswirklichkeiten_und_politische_konstruktionen_in_grenzregionen_das_beispiel_der_grossregion_saarlorlux_wirtschaft_poli_mediumLebenswirklichkeiten und politische Konstruktionen in Grenzregionen. Das Beispiel der Großregion SaarLorLux: Wirtschaft – Politik – Alltag – Kultur

Auteurs : Rachid Belkacem, Elisabeth Boesen, Franz Clément, Hans Peter Dörrenbächer, Estelle Evrard, Vincent Goulet, Gaëlle Crenn, Malte Helfer, Elena Kreutzer, Eva Mendgen, Birte Nienaber, Isabelle Pigeron-Piroth, Gregor Schnuer, Gundula Scholz, Antje Schönwald, Christian Schulz, Monika Sonntag, Christoph Vatter, Christian Wille.

Transcript-Verlag, Bielefeld, 2015.

Les chapitres de l’ouvrage sont en français ou en allemand.

Vous trouverez prochainement sur ce site un compte rendu de ce livre.

Que sont les classes populaires devenues ?

Compte-rendu de Sociologie des classes populaires contemporaines, Siblot Y., Cartier M., Coutant I., Masclet O. et Renahy N., Armand Colin, 2015.

Quels ont été les effets des transformations de l’appareil de production, des politiques étatiques, mais aussi des changements culturels et démographiques sur les milieux populaires, leurs modes de vie et leurs perceptions d’eux-mêmes ? Paru au début de l’année 2015, cet ouvrage collectif de type universitaire, dense, rigoureux et très bien documenté, fait une précieuse mise au point sur les classes populaires. S’appuyant sur des enquêtes récentes, il dresse le portrait de la « France d’en bas » dont les styles de vie se sont diversifiés depuis que la classe ouvrière a perdu de sa centralité. Au fil de la lecture se posent les questions centrales de l’existence d’une ou plusieurs classes populaires « en soi » (les « classes sur le papier[1] » ou « objectives ») et de leurs possibilités de constitution en « classes pour soi » (« classes subjectives », dotées d’une « conscience de classe »). Malgré une « condition laborieuse » partagée, la disparité du prolétariat invite à rechercher, aux côtés de celui de « classe », d’autres concepts pour penser les rapports sociaux (en particuliers ceux de domination) qui structurent les milieux populaires.

Il n’est pas possible de résumer en quelques lignes cet important travail de synthèse. L’ouvrage est original. Un tel portrait sociologique, presque exhaustif, des classes populaires n’avait curieusement jamais été publié en France. Il se présente aussi comme une mise à jour des connaissances scientifiques sur le « bas de l’échelle sociale ». L’approche historique des classes populaires et de la façon dont elles ont été politiquement et scientifiquement construites est une grande qualité de l’ouvrage en même temps que sa principale limite : toujours soucieux de s’inscrire dans une discussion sociologique au long court sur leur objet, les auteurs peinent parfois à affirmer les ruptures qui ont récemment marqués les milieux populaires et à proposer de nouveaux modèles d’analyse. Dit de manière plus directe, l’appareil théorique sous-jacent à l’ouvrage pour rendre compte des milieux populaires reste la conception marxiste des classes sociales tandis que la plupart des études présentées suggèrent une fragmentation du monde des ouvriers et employés, une diversification des conduites et des aspirations, et surtout l’absence d’une conscience commune. La lecture de l’ouvrage n’en est que plus stimulante, dans la mesure où les limites du modèle explicatif marxiste sont cernées de très près.

 

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Les jeunes du sud de l’Alsace face à la mobilité professionnelle transfrontalière

« Schwellenangst » (peur du seuil) devant le monde du travail, méconnaissance du marché de l’emploi en Allemagne, attirance pour les haut-salaires suisses… La langue n’est pas le seul obstacle de l’emploi des jeunes alsaciens de l’autre côté du Rhin. L’étude réalisée par Vincent Goulet (SAGE – Université de Strasbourg) ouvre des pistes pour faciliter l’emploi des jeunes dans le Rhin Supérieur.

Carte seule flux frontaliers jeunesCette recherche se penche sur les freins et les leviers de la mobilité transfrontalière chez les jeunes Alsaciens, en abordant des questions comme l’attractivité des régions limitrophes, leur niveau de qualification, la barrière de la langue, la méconnaissance de l’offre d’emploi de l’autre côté de la frontière, mais aussi les questions d’ordre logistique (distance et accès entre lieu de résidence et travail, etc.).

A partir de statistiques et d’une quarantaine d’entretiens auprès de jeunes Alsaciens, les obstacles à un meilleur fonctionnement du marché de l’emploi transfrontalier peuvent être identifiés.

Synthèse en Français (« 4 pages »)

Synthèse en Allemand

Voir l’article d’Eurojournaliste à propos de la présentation de cette étude le 23 mars 2015 à Strasbourg.

L’étude complète (en français) est disponible auprès de : vgoulet@unistra.fr

Etude réalisée grâce au soutien de la FEFA,  de la Direccte 68, de l’OFAJ, du Conseil Général du Haut-Rhin et de la Regio du Haut-Rhin.

La colère des habitants d’un quartier populaire de Grenoble contre la « maltraitance médiatique »

le crieur publicPerplexe-cité s’est déjà fait l’écho sur du navrant reportage d’Envoyé Spécial de France 2 sur le quartier de la Villeneuve à Grenoble (Banlieues populaires et médias : Se réapproprier l’image de soi).

Après avoir poursuivi en justice France 2 (sans obtenir totalement satisfaction), le collectif des habitants de ce quartier poursuit son « travail de réparation » à travers le Crieur de la Villeneuve, un site d’informations alternatif, produit par des habitants et étudiants en journalismes de Grenoble.

Un webdocumentaire vient d’être publié sur ce site, qui donne la parole à quelques habitants de la Villeneuve, très, très en colère !

http://www.lecrieur.net/envoye-special-le-droit-de-reponse-dhabitants-de-la-villeneuve/

Médias : le peuple n’est pas condamné à TF1 !

medias-le-peuple-n-est-pas-condamne-a-tf1-GouletParution du livre

Médias : le peuple n’est pas condamné à TF1!

Vincent Goulet

Editions Textuel

Collection « Petite Encyclopédie Critique »

Janvier 2015 (144 pages)

 

Une certaine critique ne veut voir dans les médias que des entreprises aliénantes aux mains d’intérêts économiques et politiques, destinées à asservir les « masses ». À rebours de ces thèses aussi simplistes qu’unilatérales, Vincent Goulet montre que les classes populaires ne sont pas condamnées à la médiocrité médiatique et que la presse peut redevenir un instrument majeur de critique sociale et d’émancipation. Cela à condition d’inventer des médias ajustés aux attentes des milieux modestes, en s’inspirant des exemples historiques du Père Duchesne, du Cri du Peuple ou encore de radio Lorraine Cœur d’acier. Nourri par une réflexion sur le champ journalistique contemporain, ce livre tente d’ouvrir des pistes pour permettre une parole médiatique à la fois populaire et émancipatrice.

 

Sociologue, ancien maître de conférences à l’université de Lorraine, Vincent Goulet mène ses recherches sur les frontières médiatiques, sociales et culturelles ainsi que sur les différentes façons de s’en affranchir. Son livre d’enquête Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations, publié en 2010, a été réédité en poche chez INA Editions en septembre 2014.

 

Articles parus dans la presse à la sortie du livre ou émissions radiophoniques :

L’Humanité Dimanche du 29 janvier 2015

Peuple émancipé du 1er février 2015

L’Humanité du 2 février 2015

Médialogues du 11 avril 2015 (Radio Suisse Romande)

Pressons-nous du 15 avril 2015 (Radio MNE – Mulhouse)

 

« Une fracture sociale et médiatique »

coloque Aqui oct 2014Vendredi 3 octobre a lieu à Bordeaux le quatrième colloque du site d’information en ligne Aqui.fr, consacré comme chaque année aux nouvelles formes de journalisme.

Vous trouverez ici le programme de cette journée sur le thème : « Numéricratie : une nouvelle démocratie ? ».

A 11 h 15, j’animerai une table ronde qui se veut « bottom up », intitulée « Le ressenti des citoyens, les pratiques et suggestions du tiers secteur et des corps intermédiaires » avec :

  • Marie-Hélène Filleau, directrice de la communication de la ville de Cenon,
  • Moussa Diop, reporter multimédia de la ville,
  • Hugues de Domingo, chargé de mission au Grand Projet de Ville.
  • Luc Paboeuf, président du CESER d’Aquitaine
  • Et, bien sûr, l’active participation du public.

Un article d’introduction à cette table ronde, « Une fracture sociale et numérique« , a été publié sur le site d’Aqui.fr.

Vincent Goulet

Banlieues populaires et médias : Se réapproprier l’image de soi

Le cas est assez rare pour être relevé : un collectif d’habitants d’un quartier HLM de Grenoble a poursuivi en justice France 2 et « Envoyé spécial » pour diffamation, suite à la diffusion d’un reportage caricatural sur leur quartier. Ils n’ont pas eu gain de cause mais ont reconquis une part d’estime de soi.

En septembre 2013, Envoyé Spécial diffuse « La Villeneuve, le rêve brisé », un reportage standardisé sur la « délinquance dans les banlieues » avec contrôle de police la nuit, commentaire anxiogène, violence à tous les étages et démonstration d’armes à feu. La diffusion de ce type de reportage stéréotypé et l’indignation qu’ils provoquent auprès des premiers concernés ne sont pas nouvelles[1]. Une fois encore, et sur une chaîne de serTitre reportage Villeneuvevice public, on constate la logique de production qui privilégie les stéréotypes télévisuels au détriment de l’enquête : contrainte de l’audience, réutilisation des mots et catégories de perception institutionnels (en particulier ceux du ministère de l’Intérieur), circulation circulaire des représentations médiatiques qui s’auto-valident, recours à une société privée de production audiovisuelle avec un cahier des charges préétabli, etc.

La télévision destinée au « grand public » n’est pas avare en clichés, censés réaffirmer une identité commune au contact de l’image de l’Autre. Au côté des ravages des épidémies en Afrique, des conflits impliquant les groupes islamistes au Moyen-Orient ou des progrès parfois inquiétants de la High-Tech en Californie, ces reportages sur la délinquance des quartiers HLM en France permettent, à peu de frais, de conjuguer exotisme et frisson. Ce type de « spectacle », préajusté aux lieux communs et aux angoisses des téléspectateurs qui ne connaissent pas la vie des cités, contribue à exclure symboliquement ces quartiers et leurs habitants de la communauté nationale.

Et c’est bien cela qui a blessé les habitant de la Villeneuve à Grenoble. Continue Reading →

Champs médiatiques et frontières dans la « Grande Région » SaarLorLux et en Europe

MCouvertureediale Felder und Grenzen in der « Grossregion » SaarLorLux und in Europa
sous la direction de Vincent Goulet et Christoph Vatter, Universaar, 2014, 298 p.

Un livre en Open Acces

À quelles conditions les informations médiatiques peuvent-elles passer les frontières? Outre la barrière des langues, quels sont les obstacles à leur circulation ? Pourquoi est-il finalement si difficile de construire un espace médiatique européen ? Les textes de cet ouvrage étudient plus particulièrement la « Grande Région » (Lorraine, Sarre, Rhénanie-Palatinat, Luxembourg et Wallonie) mais questionnent aussi d’autres régions frontalières d’Europe. Il apparait que les logiques de production médiatique restent nationales malgré les discours de coopération transfrontalière et d’intégration européenne. Les comparaisons internationales ou l’usage du concept de champ journalistique peuvent alors contribuer à une meilleure con¬naissance des phénomènes médiatiques européens.

Unter welchen Bedingungen zirkulieren Medieninformationen über Grenzen hinweg? Welche Hindernisse stehen dem grenzüberschreitenden lnformationsfluss im Weg? Warum erweist sich der Aufbau einer europäischen Medienöffentlichkeit als so schwierig? Diese Fragen stehen im Zentrum dieses Bandes. Die Analysen sind insbe¬sondere der sog. « Groβregion » (Lothringen, Saarland, Rheinland-Pfalz, Luxemburg, Wallonien) gewidmet, um davon ausgehend den Fokus auf andere europäische Grenzräume zu erweitern. Die Autoren zeigen auf, dass die Mechanismen der Medienproduktion weitgehend national geprägt bleiben und so den transnationalen lnformations-fluss erschweren – allen Diskursen zur grenzüberschreitenden Kooperation und europäischen Integration zum Trotz. Die interkulturell-vergleichenden Ansätze und verwendeten wissenschaftlichen Konzepte, z.B. das des « journalistischen Feldes » (Bourdieu), tragen so zu einem besseren Verstandnis europäischer Medienphänomene bei.

Open acces :
http://universaar.uni-saarland.de/monographien/volltexte/2014/113/pdf/SaraviPontes_1.pdf

Réforme territoriale : l’avenir de l’Alsace passe-t-il vraiment par la Lorraine ?

La décision annoncée par le président Hollande de modifier la carte administrative de la France et de réduire le nombre de région de 22 à 14 s’est vite estompée devant d’autres sujets d’actualité, alors que la dimension « identitaire » de la réforme territoriale aurait pu donner lieu de vifs débats : « comment, nous, les Alsaciens, s’unir aux Lorrains ?! » (et vice versa) ; « comment nous, les Limousins, se fondre dans un grand « machin » avec les Charentais et les Orléanais !? ». Il est vrai que pour l’élite ces « super-régions » existent déjà ou n’ont que des avantages : la plupart des grandes entreprises et  bien des administrations ont déjà largement découpé la France à leur convenance, les grands groupes de Presse Quotidienne Régionale comme EBRA ou Ouest France dépassent déjà largement les cadres régionaux, même une entreprise publique comme France 3 cherche plusieurs années à réorganiser ses services sur des aires plus vastes que les régions : « économies d’échelle » est le leitmotiv des dirigeants de tous poils, qu’ils soient privés ou publics.
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