La formation des imams en Allemagne

Vincent Goulet – 06/01/21

Les actuelles difficultés rencontrées par la mise en place d’un Conseil National des Imams et le débat récurrent en France sur la « formation des imams » incitent à regarder comment les autres pays européens abordent cette question. En Allemagne, la théologie est enseignée dans les universités publiques, il y a des « cours de religion » dans toutes les écoles. Ce contexte est favorable à une politique publique qui souhaite faire émerger un « islam allemand ».

Comme toute l’Europe, l’Allemagne vit depuis quelques dizaines d’années un processus de pluralisation religieuse, au cours duquel les différents courants de l’islam ont pris une place importante : on estimait en 2015 qu’environ 5,5 % de la population résidente en Allemagne était musulmane (soit entre 4,4 et 4,7 millions de personnes)[1]. Comme en France, la plupart de ces musulmans et musulmanes ont des racines géoculturelles bien précises, principalement turques, mais aussi bosniaques, marocaines ou autres, et comme en France l’influence des États d’origine des anciens migrants est forte. C’est en particulier le cas du DITIB (Diyanet İşleri Türk İslam Birliği – Türkisch-Islamische Union der Anstalt für Religion), l’organisation qui dépend directement de la Présidence des affaires religieuses turque[2]. Il existe d’autres importantes fédérations d’origine turque, d’autres fédérations « nationales », mais aussi des fédérations qui se déclarent  indépendantes[3] ou des associations proches des Frères musulmans[4], des communautés Alévis ou encore la Ahmadiyya Muslim Jamaat (AMJ) [5].

La diversité culturelle, cultuelle et politique des islams en Allemagne n’a donc rien à envier aux islams de France[6]. En 2006, le gouvernement allemand a voulu organiser le dialogue entre l’Etat et les musulmans à travers la  Deutsche Islam Konferenz (DIK)[7], qui a un rôle assez proche du  Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), mais qui semble avoir adopté une perspective plus souple, basée sur le dialogue et le compromis, plutôt que l’injonction à désigner des « représentants légitimes de l’islam de France »[8]. L’interlocuteur direct de la DIK est cependant le ministre de l’intérieur fédéral, qui souhaite explicitement « libérer l’islam allemand des influences politiques extérieures »[9].

La question de la formation des imams et de l’enseignement de la théologie islamique

Les sociétés européennes, de culture dominante chrétienne, ont tendance à projeter sur l’islam leurs propres catégories de pensée. L’intégration de l’islam dans la société passerait alors par une reconfiguration de celui-ci sur un modèle proche des églises chrétiennes (catholique, orthodoxes ou réformées), où un dogme est clairement exprimé et où les croyants sont encadrés dans des paroisses, elles-mêmes animées par des ministres du culte professionnels encadrés par une hiérarchie ecclésiale.

Dès sa création, la DIK s’est donnée pour tâche de donner un cadre à l’enseignement théologique musulman et proposer une formation labellisée aux futurs imams, sur le modèle de celle que reçoivent prêtres et pasteurs. Or, en islam, la théologie n’a pas le même statut que dans le christianisme, l’organisation des communautés locales de croyants est en théorie beaucoup plus autonome que celle des paroisses (qui sont gérées ou surveillées par les Églises), le statut et les fonctions de l’imam, qui n’est pas un clerc mais un laïc, ne sont pas celles du prêtre ou du pasteur. Tout musulman peut a priori prétendre à l’occupation des fonctions d’imam, exercées de manière salariée ou bénévole. Il est en principe choisi par les fidèles, en fonction de ses connaissances religieuses et ses qualités humaines.

Mais en Allemagne comme en France, l’influence des pays d’origine qui gèrent les mosquées reste importante. Ainsi, dans les mosquées où les imams sont des fonctionnaires détachés turcs ou marocains, le processus de sélection des candidats à l’imamat échappe en grande partie aux membres de la mosquée. En 2004, on comptait en Allemagne, selon le Frankfurter Rundschau 1 250 imams salariés et environ 1 000 imams bénévoles. 90 % des salariés étaient des fonctionnaires d’Etat « acheminés » (« eingeflogen« ), principalement de Turquie, mais aussi du Maroc ou d’Iran[10].

Afin de favoriser un islam allemand, la Deutsche Islam Konferenz (DIK) a, dans un premier temps, voulu créer des enseignements théologiques dans les universités publiques allemandes. Plus récemment, elle s’est préoccupée de la formation pratique des imams.

Les facultés publiques de théologie islamique

La théologie fait partie de la liberté cultuelle, une liberté fondamentale. Elle n’a donc pas à être prise en considération par l’Etat et relève des communautés religieuses qui ont le droit à l’autodétermination (Selbstbestimmungsrecht[11]). Mais la théologie est aussi un discours à prétention de vérité sur la réalité et la société. L’État ne peut donc s’en désintéresser totalement. De plus, en Allemagne, la théologie est reconnue comme une discipline universitaire, certes différente de la science des religions (Religionswissenschaft), mais également enseignée dans les universités publiques, notamment les plus prestigieuses.

En conséquence, le BMBF (Bundesministerium für Bildung und Forschung) a introduit en janvier 2010 l’enseignement de la théologie islamique dans le système universitaire étatique, de façon à former des professeurs de religion, de ministres du culte et de chercheurs. Le but était de donner un cadre intellectuel académique à la théologie musulmane et ainsi de contribuer, sur le modèle des études conduisant à la prêtrise ou au pastorat, à la formation des futurs imams.

Quelques fédérations musulmanes ont été réticentes à l’idée d’une formation dans le cadre universitaire[12], selon l’avis qu’un imam se rapproche plus d’un catéchiste que d’un prêtre ou un pasteur, et n’a donc pas besoin d’un diplôme universitaire[13]. Derrière cet argument, il s’agissait de garder la main sur la formation et la labellisation des imams en exercice dans les mosquées dépendant de leur fédération. Mais passant outre ces critiques, en créant dès 2011 les premières « facultés publiques » de théologie musulmanes dans des universités publiques, les pouvoirs publics commençaient à définir une norme à laquelle seraient obligés de se conformer tous les acteurs du champ religieux musulman.

Ces centres d’études islamiques sont actuellement au nombre de sept, répartis sur tout le territoire national, dans les universités de Münster, Erlangen-Nürnberg, Frankfurt, Tübingen, Osnabrück,  Paderborn et Berlin (Humboldt-Universität).

En 2016, le Bundesministerium für Bildung und Forschung (BMBF) a tiré un bilan positif de l’initiative et a reconduit son soutien financier pour cinq autres années. En cinq ans, plus de 2 000 étudiants avaient été inscrits en Licence et en Master. La plupart sont devenus ensuite professeurs des écoles (et enseignent la matière „Religionsunterricht »), salariés dans le secteur associatif ou social ou encore chercheurs.

En revanche, peu d’étudiants sont devenus imam ou se sont investis dans la vie des communautés religieuses locales. Comme en France, les obstacles sont sans doute les problèmes de rémunération, de reconnaissance sociale, mais peut-être aussi un manque de formation pratique à cette fonction polyvalente et exigeante.

Face à ce constat, les pouvoirs publics ont voulu intervenir plus étroitement dans la formation pratique des imams, rencontrant de nouveaux l’opposition des fédérations, qui estiment que la formation des imams devrait exclusivement relever des communautés religieuses musulmanes. La création d’une formation publique à l’imamat va cependant faire bouger les lignes.

La création de l’Islamkolleg d’Osnabrück

En début de l’actuelle législature, le ministre de l’intérieur,  Horst Seehofer a demandé à la DIK de travailler à la mise en place d’une formation pratique en langue allemande à l’imamat, en dehors de toute influence étrangère[14]. Le 10 novembre 2020, lors d’une conférence dans le cadre de la DIK, il annonce la création d’une formation publique aux fonctions d’imam[15]. 30 places seront ouvertes à partir d’avril 2021 dans un Islamkolleg à Osnabrück, avec le financement sur cinq ans du ministère fédéral de l’intérieur et le ministère des sciences de Basse-Saxe.

La formation durera deux ans et sera accessible aux hommes et femmes ayant une Licence en théologie islamique. Elle comprendra la récitation du Coran et ses règles, les pratiques du culte, la pédagogie, le travail pastoral, le travail social en particulier vers les femmes et les jeunes, l’éducation politique avec un accent sur l’interreligieux.

Le président de l’Islamkolleg est le Dr. Esnaf Begic, diplomé de la Faculté de sciences islamique de Sarajevo, ancien imam, actuellement membre de l’Institut für Islamische Theologie de l’université d’Osnabrück. Le directeur scientifique du Islamkolleg Deutschland est Bülent Ucar, 43 ans, d’origine turque, professeur de théologie islamique et de pédagogie religieuse à l’université d’Osnabrück.

 „L’enseignement à l‘Islamkolleg Deutschland aura lieu exclusivement en allemand. Tous les intéressés pourront ainsi accéder à cette formation, quelques soient leurs origines culturels, ethniques ou linguistiques“[16]

Parmi les fondateurs de l’Islamkolleg, on compte cinq fédérations musulmanes dont le Zentralrat der Muslime et la Islamische Gemeinschaft der Bosniaken, des scientifiques et théologiens islamiques, des personnalités musulmanes. On note l’absence du DITIB. Certains observateurs ont critiqué la présence, parmi les fondateurs de l’Islamkolleg, d’organisations surveillées par la Verfassungsschutz[17] comme l’ATIB ou la Deutsche Muslimische Gemeinschaft[18].

Les autres formations (privées) d’imams

Avant la décision prise en 2010 par le Bundesministerim um für Bildung und Forschung (BMBF) de créer des centres publics de théologie islamique, il existait plusieurs instituts privés de théologie musulmane et de formation des imams. D’autres ont été créés après cette date, les fédérations ayant été en quelque sorte stimulées par la politique gouvernementale de germanisation de l’islam.

Le premier institut a été fondé dans les années 1980 par le Verband der Islamischen Kulturzentren (VIKZ) à Cologne. Il consiste en trois années d’études à temps plein et une année de formation pratique et s’adresse aux hommes comme aux femmes ayant au moins la Mittlere Reife (Brevet des Collèges) ou ayant terminé leur temps d’instruction obligatoire.[19] Les diplômés intègrent le réseau des communautés du VIKZ comme salariés ou bénévoles.

La Ahmadiyya Muslim Jamaat forme des imams (uniquement masculins) à Francfort depuis 2008. En 2012, elle a ouvert un Institut für die Ausbildung von deutschsprachigen Imamen de 120 places à Riedstadt dans le sud du Land de Hesse. La langue d’enseignement est principalement le urdu, l’arabe, parfois l’allemand. Les deux tiers des diplômés sont intégrés à la communauté au niveau mondial, une trentaine des 71 diplômes (jusqu’en 2019) travaillent en Allemagne comme imam ou théologien[20]

Le Islamrat für die Bundesrepublik Deutschland (IRD) forme avec la Islamische Gemeinschaft Millî Görüş (IGMG) depuis 2014 des imams au sein d’un cursus comprenant une formation de base puis une formation spécialisée („Berufsfachschule für muslimische Führungskräfte“, BeMuF, pour les hommes) à Mayence et une „Bildungsakademie“ (pour les femmes) en Rhénanie du Nord-Westphalie. La formation dans ces deux derniers établissements dure 4 ans avec des phases pratiques. Les cours sont dispensés en allemand, turc et arabe. Selon les responsables de cette formation 23 des 30 diplômés ont trouvé un contrat de travail auprès des mosquées de ce réseau.

Le cas du DITIB

Jusqu’alors les imams des mosquées du DITIB étaient des fonctionnaires religieux directement envoyés par Ankara. Les imams de cet « islam consulaire » pouvaient se considérer comme des quasi-diplomates et des représentants de l’Etat turc dirigé par l’islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. Après que le DITIB ait refusé de participer à la création de l’Islamkolleg d’Osnabrück, le gouvernement turc : Diyanet formera désormais (à partir de janvier 2020) ses imams sur le sol allemand de façon à éviter de les envoyer depuis la Turquie. Horsten Seehofer s’en est félicité en novembre dernier lors de sa conférence de presse :

« L’envoi de personnel religieux depuis les pays d’origine était sans aucun doute important aussi longtemps qu’il n’y avait pas de possibilité de formation à l’imamat en Allemagne. Après plus de 30 ans de présence du DITIB en Allemagne, cela n’est plus adapté à la situation, y compris selon l’avis de beaucoup de musulmans de la deuxième ou troisième génération. »[21]

L’enseignement sera dispensé par des enseignants privés ou invités mais aussi par des professeurs et des chargés de cours des universités allemandes. Tous les enseignants devront disposer d’une licence au moins ou d’une longue expérience dans une mosquée.

Une méthode pragmatique et ferme

La méthode empruntée par le gouvernement allemand pour instituer un « islam allemand » apparait plus pragmatique et concrète que la française. Elle s’appuie sur des structures d’enseignement religieux déjà existantes (en particulier universitaires) pour tenter d’acculturer l’islam au modèle chrétien dominant dans le pays.

Sur la délicate question de la formation pratique des imams, le gouvernement a créé de toute pièce une formation publique complète, avec le soutien de quelques fédérations musulmanes, afin de contraindre les autres grandes fédérations à faire de même et à « germaniser » elles-aussi leurs ministres du culte.

Cette politique des « petits pas » peut ainsi permettre, à terme, d’ancrer la formation des théologiens et des imams exerçant en Allemagne dans les standards universitaires et éducatifs allemands, tout en permettant un contrôle sur les contenus.

L’initiative appartient aux pouvoirs publics allemands, qui imposent leur tempo et créent des institutions qui ne peuvent que s’imposer au sein de l’islam allemand, tout en évitant de mettre frontalement en demeure les fédérations musulmanes à se conformer à leurs desiderata.


[1] Selon le Bundesamt für Migration und Flüchtlinge https://www.deutsche-islam-konferenz.de/SharedDocs/Anlagen/DE/Ergebnisse-Empfehlungen/wp71-zahl-muslime-deutschland.html?nn=598110 . L’estimation a été estimée selon le pays d’origine et non selon une déclaration des intéressés. Il est probable que le nombre de pratiquants ou de croyants soit bien inférieur.

[2]Le DITIB fédère 896 communautés locales et représenterait 70 % des musulmans résidants en Allemagne.

[3] Comme le Zentralrat der Muslime in Deutschland (ZMD), fondé en 1987, qui rassemble 19 fédérations musulmanes, soit environ 300 associations locales

[4] Comme la Deutsche Muslimische Gemeinschaft, fondée en 1958, auparavant appelée Islamische Gemeinschaft in Deutschland (IGD).

[5] Mouvement musulman venu du Pakistan, souvent considéré comme hétérodoxe, la AMJ est présente en Allemagne depuis les années 1920. Elle a obtenu en 2013 le statut de Körperschaften des öffentlichen Rechts .

[6] Pour un panorama complets consulter le site de la Friedrich Ebert Stiftung : https://www.fes.de/fulltext/asfo/00803008.htm#E10E9

[7] https://www.deutsche-islam-konferenz.de

[8] Le travail n’est pas des plus aisés et la DIK est régulièrement critiquée d’être trop peu efficace, de poursuivre la fiction d’une « unification de l’islam allemand » (https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/extremer-islam-der-schariavorbehalt-1435399.html) ou encore de donner trop de place aux courants conservateurs de l’islam (https://de.qantara.de/inhalt/deutsche-islam-konferenz-wer-vertritt-hier-wen )

[9] https://www.deutsche-islam-konferenz.de/DE/DIK/Organisation/organisation_node.html

[10] https://www.fr.de/politik/ausbildung-imame-11731081.html

[11] Art. 140 GG in Verbindung mit Art. 137 Abs. 3 WRV.

[12] « Avec une formation universitaire, la barre va être mise trop haut pour les futurs imams  » expliquait en 2004 déjà Erol Pürlü, secrétaire général du VIKZ.

[13] https://www.fr.de/politik/ausbildung-imame-11731081.html

[14] https://www.deutsche-islam-konferenz.de/SharedDocs/Meldungen/DE/ImDialog/videokonferenz-imamausbildung.html

[15] Videéconférence du 10 novembre 2020, https://www.deutsche-islam-konferenz.de/SharedDocs/Meldungen/DE/ImDialog/videokonferenz-imamausbildung.html

[16] https://www.deutschlandfunk.de/imamausbildung-in-deutschland-mit-suren-gegen-extremismus.1773.de.html?dram:article_id=487260

[17] Services et institutions de protection de la Constitution.

[18] https://www.weser-kurier.de/deutschland-welt/deutschland-welt-politik_artikel,-so-laeuft-die-imamausbildung-_arid,1946719.html

[19] https://vikz.de/index.php/Imamausbildung.html

[20] Deutschen Islam Konferenz, Bestandserhebung zur Ausbildung religiösen Personals islamischer Gemeinden, 10.11.2020

[21] https://www.deutsche-islam-konferenz.de/SharedDocs/Meldungen/DE/ImDialog/videokonferenz-imamausbildung.html

PQR alsacienne : sur la fusion DNA-L’Alsace

Une interview sur France Bleu Alsace le 29 juin 2017 sur le « rapprochement rédactionnel » entre l’Alsace et les DNA.

DNA Alsace France Bleue

https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-la-redaction-de-8h10/alsace/l-invite-de-la-redaction-8h10-80

L’Azubi-Bacpro. Retour sur une expérience de coopération transfrontalière dans le domaine de la formation

Un nouveau « dfi compact », la publication du deutsch-französisches Institut, vient de sortir. Il est consacré à l’Azubi-Bacpro, un dispositif propre à l’Alsace qui encourage la mobilité frontalière des jeunes en lycée professionnel.

Permettant d’étudier en France et de faire une partie de ses stages en Allemagne. « Azubi-Bacpro » est une initiative régionale de l’Education nationale française et du Kultusministerium du Bade-Wurtemberg qui contribue à la mise en place d’un marché d’emploi transfrontalier.
Cette initiative conjugue un enseignement renforcé de la langue du voisin et des compétences interculturelles, les « bonnes pratiques » des échanges scolaires ainsi que des périodes de formation en entreprise dans le pays voisin. L’ensemble du dispositif a été pensé de façon à s’approprier de manière constructive la réalité de la formation professionnelle des deux côtés du Rhin.

Couverture AZBPAprès deux ans passés à conseiller et soutenir les acteurs du terrain, les deux auteurs (Vincent Goulet, chercheur associé à SAGE – Université de Strasbourg et Stefan Seidendorf, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand) ont pu mieux comprendre les forces et faiblesses du projet Azubi-Bacpro, mais également quelques particularités de la coopération franco-allemande quand elle cherche à réaliser des « biens collectifs » concrets. À travers la mise en perspective et l’analyse des expériences quotidiennes, ce document cherche aussi à mettre en évidence les jeux parfois contradictoires des acteurs et à proposer des pistes pour renforcer et développer cette initiative transfrontalière prometteuse.

Ce court ouvrage est publié avec le soutien de la Fondation Entente Franco-Allemande (FEFA), qui est partenaire du projet « Azubi-Bacpro » depuis ses débuts. On peut se le procurer auprès du dfi ou de la FEFA, comme dans toutes les bonnes librairies.

Voir le compte rendu des DNA du 29 juin 2017

et celui d’Eurojournalist du 6 juillet 2017.

 

 

Entretien avec les Territoires de la Mémoire

S’arrêter sur la question de la réception des médias, c’est tenter de comprendre comment le message d’un émetteur est reçu et utilisé par le récepteur qu’il cherche à atteindre… ou comment il ne l’est pas. Le livre de Vincent Goulet, Médias : le peuple n’est pas condamné à TF1, propose une analyse des usages médiatiques par les classes populaires. En somme, les médias engagés à gauche semblent complètement passer à côté des catégories sociales dont ils prétendent défendre les intérêts.

Comment expliquer cet écart ? Constats et propositions pour repenser les médias comme levier possible d’une certaine émancipation… tout en restant populaires.

Entretien avec Gaëlle Henrard publié dans le n° 79 de Aide-Mémoire

http://www.territoires-memoire.be/am/161-aide-memoire-79/1370-medias-et-reception-par-les-classes-populaires-entretien-avec-vincent-goulet

usage et mesusage des médias

Dispositions et aspirations des étudiants et apprentis suivant une formation transfrontalière en Alsace

De nombreuses entreprises suisses et allemandes du Rhin supérieur déclarent faire face à une pénurie de main d’oeuvre, tandis que le taux de chômage des jeunes Alsaciens reste élevé. La généralisation des formations transfrontalières et interculturelles peut-elle favoriser le développement d’un marché de l’emploi rhénan plus équilibré ?

Ci-dessous et ici en pdf, le résumé du rapport remis en décembre 2015 au Centre de Compétences Transfrontalières NovaTris de l’Université de Haute Alsace.

Les résultats complets de l’étude sont disponibles auprès de l’auteur : vgoulet@unistra.fr.

En Alsace, le nombre de travailleurs frontaliers diminue depuis 2000, en particulier vers l’Allemagne. La population des « navetteurs » vieillit et les jeunes générations manifestent une faible propension à se projeter de l’autre côté des frontières, alors que de nombreuses entreprises badoises ou suisses déclarent devoir faire face à une pénurie de main d’œuvre.

Forme particulière de migration, le travail frontalier reste une épreuve dans les trajectoires personnelles, une situation de confrontation avec l’altérité où l’individu se sent fragilisé par la faible maitrise des codes linguistiques, sociaux et culturels. Parmi les efforts des pouvoirs publics pour encourager le travail transfrontalier des Alsaciens, la formation initiale occupe une place toute particulière, avec la mise en place de cursus bi- ou trinationaux où les apprenants se déplacent en Allemagne et/ou en Suisse pour y suivre une part significative de leur formation.

Ces cursus prennent la forme de formations universitaires, qui se déroulent dans deux ou trois établissements supérieurs du Rhin supérieur et sont sanctionnées par autant de diplômes nationaux, ou celle d’un apprentissage transfrontalier (infra-bac ou post-bac), qui permet aux jeunes de suivre la formation « théorique » dans un pays et de conclure un contrat d’apprentissage en entreprise de « l’autre côté de la frontière ».

Nb Apprentis transfront oref p6

Source : Oref-Alsace, nov. 2015

 

Le nombre d’apprenants concernés par ces formations est encore limité (en 2014, une centaine d’individus sont entrés ou sortis de chacun de ces dispositifs). L’un des enjeux des années à venir est d’étendre ces formations à un plus grand nombre pour espérer obtenir un effet d’entrainement au niveau du marché de l’emploi rhénan.

 

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Vies quotidiennes et constructions politiques dans les régions frontalières

Comment se constituent les régions transfrontalières et comment se caractérisent-elles ? C’est l’objet de ce livre collectif qui prend pour exemple la Grande Région SaarLorLux.

Dirigé par Christian Wille, chercheur à l’université du Luxembourg, cet ouvrage aborde toute une série de domaines : les questions économiques (dont celle du marché de l’emploi), la construction politique et institutionnelle, la façon dont les pratiques quotidiennes mais aussi les médias et la culture créent des espaces et des identités.

 buchpraesentation_lebenswirklichkeiten_und_politische_konstruktionen_in_grenzregionen_das_beispiel_der_grossregion_saarlorlux_wirtschaft_poli_mediumLebenswirklichkeiten und politische Konstruktionen in Grenzregionen. Das Beispiel der Großregion SaarLorLux: Wirtschaft – Politik – Alltag – Kultur

Auteurs : Rachid Belkacem, Elisabeth Boesen, Franz Clément, Hans Peter Dörrenbächer, Estelle Evrard, Vincent Goulet, Gaëlle Crenn, Malte Helfer, Elena Kreutzer, Eva Mendgen, Birte Nienaber, Isabelle Pigeron-Piroth, Gregor Schnuer, Gundula Scholz, Antje Schönwald, Christian Schulz, Monika Sonntag, Christoph Vatter, Christian Wille.

Transcript-Verlag, Bielefeld, 2015.

Les chapitres de l’ouvrage sont en français ou en allemand.

Vous trouverez prochainement sur ce site un compte rendu de ce livre.

Que sont les classes populaires devenues ?

Compte-rendu de Sociologie des classes populaires contemporaines, Siblot Y., Cartier M., Coutant I., Masclet O. et Renahy N., Armand Colin, 2015.

Quels ont été les effets des transformations de l’appareil de production, des politiques étatiques, mais aussi des changements culturels et démographiques sur les milieux populaires, leurs modes de vie et leurs perceptions d’eux-mêmes ? Paru au début de l’année 2015, cet ouvrage collectif de type universitaire, dense, rigoureux et très bien documenté, fait une précieuse mise au point sur les classes populaires. S’appuyant sur des enquêtes récentes, il dresse le portrait de la « France d’en bas » dont les styles de vie se sont diversifiés depuis que la classe ouvrière a perdu de sa centralité. Au fil de la lecture se posent les questions centrales de l’existence d’une ou plusieurs classes populaires « en soi » (les « classes sur le papier[1] » ou « objectives ») et de leurs possibilités de constitution en « classes pour soi » (« classes subjectives », dotées d’une « conscience de classe »). Malgré une « condition laborieuse » partagée, la disparité du prolétariat invite à rechercher, aux côtés de celui de « classe », d’autres concepts pour penser les rapports sociaux (en particuliers ceux de domination) qui structurent les milieux populaires.

Il n’est pas possible de résumer en quelques lignes cet important travail de synthèse. L’ouvrage est original. Un tel portrait sociologique, presque exhaustif, des classes populaires n’avait curieusement jamais été publié en France. Il se présente aussi comme une mise à jour des connaissances scientifiques sur le « bas de l’échelle sociale ». L’approche historique des classes populaires et de la façon dont elles ont été politiquement et scientifiquement construites est une grande qualité de l’ouvrage en même temps que sa principale limite : toujours soucieux de s’inscrire dans une discussion sociologique au long court sur leur objet, les auteurs peinent parfois à affirmer les ruptures qui ont récemment marqués les milieux populaires et à proposer de nouveaux modèles d’analyse. Dit de manière plus directe, l’appareil théorique sous-jacent à l’ouvrage pour rendre compte des milieux populaires reste la conception marxiste des classes sociales tandis que la plupart des études présentées suggèrent une fragmentation du monde des ouvriers et employés, une diversification des conduites et des aspirations, et surtout l’absence d’une conscience commune. La lecture de l’ouvrage n’en est que plus stimulante, dans la mesure où les limites du modèle explicatif marxiste sont cernées de très près.

 

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Les jeunes du sud de l’Alsace face à la mobilité professionnelle transfrontalière

« Schwellenangst » (peur du seuil) devant le monde du travail, méconnaissance du marché de l’emploi en Allemagne, attirance pour les haut-salaires suisses… La langue n’est pas le seul obstacle de l’emploi des jeunes alsaciens de l’autre côté du Rhin. L’étude réalisée par Vincent Goulet (SAGE – Université de Strasbourg) ouvre des pistes pour faciliter l’emploi des jeunes dans le Rhin Supérieur.

Carte seule flux frontaliers jeunesCette recherche se penche sur les freins et les leviers de la mobilité transfrontalière chez les jeunes Alsaciens, en abordant des questions comme l’attractivité des régions limitrophes, leur niveau de qualification, la barrière de la langue, la méconnaissance de l’offre d’emploi de l’autre côté de la frontière, mais aussi les questions d’ordre logistique (distance et accès entre lieu de résidence et travail, etc.).

A partir de statistiques et d’une quarantaine d’entretiens auprès de jeunes Alsaciens, les obstacles à un meilleur fonctionnement du marché de l’emploi transfrontalier peuvent être identifiés.

Synthèse en Français (« 4 pages »)

Synthèse en Allemand

Voir l’article d’Eurojournaliste à propos de la présentation de cette étude le 23 mars 2015 à Strasbourg.

L’étude complète (en français) est disponible auprès de : vgoulet@unistra.fr

Etude réalisée grâce au soutien de la FEFA,  de la Direccte 68, de l’OFAJ, du Conseil Général du Haut-Rhin et de la Regio du Haut-Rhin.

La colère des habitants d’un quartier populaire de Grenoble contre la « maltraitance médiatique »

le crieur publicPerplexe-cité s’est déjà fait l’écho sur du navrant reportage d’Envoyé Spécial de France 2 sur le quartier de la Villeneuve à Grenoble (Banlieues populaires et médias : Se réapproprier l’image de soi).

Après avoir poursuivi en justice France 2 (sans obtenir totalement satisfaction), le collectif des habitants de ce quartier poursuit son « travail de réparation » à travers le Crieur de la Villeneuve, un site d’informations alternatif, produit par des habitants et étudiants en journalismes de Grenoble.

Un webdocumentaire vient d’être publié sur ce site, qui donne la parole à quelques habitants de la Villeneuve, très, très en colère !

http://www.lecrieur.net/envoye-special-le-droit-de-reponse-dhabitants-de-la-villeneuve/

Médias : le peuple n’est pas condamné à TF1 !

medias-le-peuple-n-est-pas-condamne-a-tf1-GouletParution du livre

Médias : le peuple n’est pas condamné à TF1!

Vincent Goulet

Editions Textuel

Collection « Petite Encyclopédie Critique »

Janvier 2015 (144 pages)

 

Une certaine critique ne veut voir dans les médias que des entreprises aliénantes aux mains d’intérêts économiques et politiques, destinées à asservir les « masses ». À rebours de ces thèses aussi simplistes qu’unilatérales, Vincent Goulet montre que les classes populaires ne sont pas condamnées à la médiocrité médiatique et que la presse peut redevenir un instrument majeur de critique sociale et d’émancipation. Cela à condition d’inventer des médias ajustés aux attentes des milieux modestes, en s’inspirant des exemples historiques du Père Duchesne, du Cri du Peuple ou encore de radio Lorraine Cœur d’acier. Nourri par une réflexion sur le champ journalistique contemporain, ce livre tente d’ouvrir des pistes pour permettre une parole médiatique à la fois populaire et émancipatrice.

 

Sociologue, ancien maître de conférences à l’université de Lorraine, Vincent Goulet mène ses recherches sur les frontières médiatiques, sociales et culturelles ainsi que sur les différentes façons de s’en affranchir. Son livre d’enquête Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations, publié en 2010, a été réédité en poche chez INA Editions en septembre 2014.

 

Articles parus dans la presse à la sortie du livre ou émissions radiophoniques :

L’Humanité Dimanche du 29 janvier 2015

Peuple émancipé du 1er février 2015

L’Humanité du 2 février 2015

Médialogues du 11 avril 2015 (Radio Suisse Romande)

Pressons-nous du 15 avril 2015 (Radio MNE – Mulhouse)